lundi 11 avril 2016

Saint François de Sales et le purgatoire

Saint François de Sales et le purgatoire

Saint François de Sales et le purgatoire

Saint François de Sales, docteur de l'Église, recommandait souvent et à beaucoup de personnes, la lecture du Traité du purgatoire de sainte Catherine de Gènes.

Il expliquait que « dans cette seule œuvre de miséricorde envers les âmes du purgatoire sont renfermées les treize autres œuvres de la miséricorde corporelle ou spirituelle. » 
Nous pouvons obtenir les plus grandes grâces de Dieu par le moyen des œuvres de miséricorde. C'est la parole infaillible du Sauveur : 
« Bienheureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. On vous donnera la même mesure que vous aurez donnée aux autres. »
Dieu vient en aide aux miséricordieux dans tous leurs besoins. Le Saint-Esprit, par Isaïe, leur promet cette récompense quand il dit : « Si tu ouvres ton cœur à ceux qui ont faim et que tu soulages une âme affligée, ta lumière rayonnera dans les ténèbres et ton obscurité deviendra comme un plein jour» (Isaïe 58, 10). Ce qui veut dire : lorsque l'homme miséricordieux tombe dans la détresse et les souffrances, et que nulle part n'apparaît un rayon de lumière ou d'espérance, c'est alors que Dieu le visite et le console ; les ténèbres de son affliction se changent subitement en lumière de bonheur et en clarté de plein midi.
Saint Thomas d'Aquin enseigne que la miséricorde envers les fidèles trépassés est plus agréable à Dieu que celle qui est exercée envers les vivants.

Saint François de Sales dit :

        « Dans cette seule œuvre de miséricorde envers les âmes du purgatoire sont renfermées les treize autres œuvres de la miséricorde corporelle ou spirituelle. » Un grand théologien, saint Robert Bellarmin, prêcha publiquement que celui qui intercède pour les âmes du purgatoire et leur fait du bien, accomplit une plus grande œuvre que s'il faisait les plus riches largesses à un pauvre de ce monde.
Le divin Sauveur dit un jour à la vénérable Marie Lataste : « Tu ne saurais rien faire de plus agréable à Dieu que de venir au secours de ces âmes. » 
  
CHAPITRE II     DU PURGATOIRE

AVANT-PROPOS 
L’Église Catholique a été accusée en notre temps de superstition en la prière qu’elle fait pour les fidèles trépassés, d’autant qu’en cela, elle suppose deux vérités que l’on prétend ne pas être, à savoir, que les trépassés soient en peine et indigence, et qu’on les puisse secourir. Or les trépassés, ou ils sont damnés ou ils sont sauvés ; les damnés sont en peine, mais irrémédiable, et les sauvés sont comblés de tout plaisir ; de sorte qu'aux uns manque l’indigence, et aux autres le moyen de recevoir secours, et par ce n’y a lieu de prier Dieu pour les trépassés.
Voilà le sommaire de l’accusation. Mais certes, il doit suffire à tout le monde pour faire juste jugement sur cette accusation, que les accusateurs étaient des personnes particulières et l’accusé était le corde l’Église universelle : et néanmoins, parce que l’humeur de notre siècle a porté de soumettre au contrôle et censure de chacun toute chose, tant sacrées, religieuses et authentiques puissent-elles être, plusieurs personnes d’honneur et de marque ont pris le droit de l’Église en main pour la défendre ; estimant ne pouvoir mieux employer leur piété et savoir, qu’à la défense de celle-là par les mains de laquelle ils avaient reçu leur bien spirituel, le baptême, la doctrine chrétienne et les Écritures mêmes. Leurs raisons sont si prenantes que si elles étaient bien balancées et contrepesées à celle des accusateurs, on connaîtrait incontinent leur bon calibre, mais quoi ? On a porté sentence sans ouïr partie. N’avons-nous pas raison , tous tant que nous sommes de domestiques et bons enfants de l’Église, de nous porter pour appelants et nous plaindre de la partialité des juges, laissant de côté pour le moment, leur incompétence ? Donc nous appelons des juges non instruits à eux-mêmes instruits, et des jugements faits partie non ouïe, à des jugements partie ouïe, suppliant tous ceux qui voudront juger sur ce différent, de considérer nos allégations et probations d’autant plus attentivement, qu’il s’agit non de la condamnation de la partie accusée, qui ne peut être condamnée par ses inférieurs, mais de la damnation ou du salut de ceux mêmes qui en jugeront. 

ARTICLE PREMIER
DU NOM DE PURGATOIRE 
Nous soutenons donc que l’on peut prier pour les fidèles trépassés, et que les prières et bonnes actions des vivants les soulagent beaucoup, et leur sont profitables ; parce que tous ceux qui meurent en la grâce de Dieu, et par conséquent du nombre des élus, ne vont pas tous du premier abord en Paradis, mais plusieurs vont au Purgatoire où ils souffrent une peine temporelle, à la délivrance de laquelle nos prières et bonnes actions peuvent aider et servir. Et voici le gros de notre difficulté. Nous sommes d’accord que le Sang de notre Rédempteur est le vrai purgatoire des âmes, car en celui-ci sont nettoyées toutes les âmes du monde ; dont saint Paul parle aux hébreux " purgationem peccatorum facientem : les tribulations aussi sont certains purgatoires, par lesquelles nos âmes sont rendues pures, comme l’or est affiné en la fournaise. La pénitence et contrition est encore un certain purgatoire, dont David dit au psaume 50 " asperges me Domine, hyssopo et mundabor : on sait bien aussi que le baptême par lequel nos péchés sont lavés, peut être appelé purgatoire, et tout ce qui sert à la purgation de nos offenses. Mais ici, nous appelons Purgatoire, un lieu dans lequel, après cette vie, les âmes qui partent de ce monde avant d’être complètement purifiées des souillures qu’elles ont contractées, ne pouvant rien entrer en Paradis qui ne soit pur et net, sont arrêtées pour y être nettoyées et purifiées. Que si l’on veut savoir pourquoi ce lieu est plutôt simplement appelé Purgatoire que les autres moyens de purgation rappelés ci-dessus, on répondra que c’est parce qu’en ce lieu-là, on n’y fait autre que la purgation des tâches qui sont restées au partir de ce monde, et qu’au baptême, pénitence, tribulations et autres, non seulement l’âme s’épure de ses imperfections, mais s’enrichit encore de plusieurs grâces et perfections ; qui a fait laisser le nom de Purgatoire à ce lieu de l’autre siècle, lequel, à proprement parler, n’est autre que pour la purification des âmes. Et quant au Sang de Notre-Seigneur, nous reconnaissons tellement la vertu de celui-ci, que nous protestons par toutes nos prières que la purgation des âmes, soit en ce monde, soit en l’autre, ne se fait que par son application ; plus jaloux de l’honneur dû à cette précieuse médecine que ceux qui, pour la priser en méprisent le saint usage. Donc par le Purgatoire, nous entendons un lieu où les âmes, pour un temps, sont purgées des tâches et imperfections qu’elles emportent de cette vie mortelle. 
  

ARTICLE II
DE CEUX QUI ONT NIE LE PURGATOIRE, ET DES MOYENS DE LE
PROUVER
Ce n’est pas une opinion reçue à la volée que l’article du Purgatoire : il y a longtemps que l’Église a soutenu cette créance envers tous et contre tous. Et il semble que le premier à l’avoir combattu semble l’hérétique Arius, ainsi qu’en témoignent saint Augustin, saint Épiphane et Socrates. Après vinrent certaines gens qui s’appelaient Apostoliques du temps de saint Bernard, puis les Pétrobusiens, il y a environ 500 ans qui niaient encore ce même article, comme écrit saint Bernard, et Pierre de Cluny. Cette même opinion des Pétrobusiens fut suivie par les Vaudois, en l’année 1170, et quelques grecs furent soupçonnés en cet endroit, de quoi ils se justifièrent au Concile de Florence, et en leur apologie présentée au Concile de Bâle.
Enfin, Luther, Zwingli, Calvin et ceux de leur parti ont tout nié du Purgatoire, car bien que Luther, in Disputatione Lipsica, dit qu’il croyait fermement qu’il y avait un Purgatoire, si ce n’est qu ‘après il s’en dédit dans le livre De abroganda missa privata. Enfin, c’est l’ordinaire de toutes les factions de notre âge de se moquer du Purgatoire, et mépriser les prières pour les trépassés, mais l’Église Catholique s’est opposée vivement à ces derniers, avec l’Ecriture Sainte en main, de laquelle nos prédécesseurs ont tiré plusieurs belles raisons.
Car elle a prouvé que les aumônes, prières, et autres saintes actions pouvaient soulager les trépassés; donc, il s’ensuit qu’il y a un Purgatoire, car ceux de l’Enfer ne peuvent avoir aucun secours en leurs peines; en Paradis, tout bien y étant, nous ne pouvons rien apporter pour ceux qui y sont déjà. C’est donc pour ceux qui sont dans un troisième lieu que nous appelons Purgatoire.
Elle a prouvé qu’en l’autre monde, quelques défunts étaient délivrés de leurs peines et péchés; ce qui ne pouvait se faire ni en Enfer, ni en Paradis, il s’ensuit qu’il y a un Purgatoire.
Elle a prouvé que plusieurs âmes avant d’arriver en Paradis passaient par un lieu de peine, qui ne peut être que le Purgatoire.
Prouvant que des âmes sous terre rendaient honneur et révérence à Notre-Seigneur, elle a prouvé l’existence du Purgatoire, puisque cela ne se peu penser des pauvres misérables qui sont en Enfer.
Par plusieurs autres passages, avec diversité de conséquences toutes néanmoins bien à propos, en quoi l’on doit d’autant plus déférer à nos Docteurs, que les passages qu’ils allèguent maintenant on été apportés à ce propos par ces grands anciens Pères, sans que pour défendre cet article, nous soyons allés forger de nouvelles interprétations, ce qui montre assez la candeur avec laquelle nous cheminons en besogne, là où nos accusateurs tirent des conséquences de l’Écriture qui n’ont jamais été pensées auparavant, ainsi sont mises tant de frais en œuvre pour combattre l’Église.
Or, nos raisons seront en cet ordre : 1. Nous cotterons les passages de l’Écriture, puis des Conciles en 2., en 3. Des Pères anciens; en 4. De toutes sortes d’auteurs, après quoi nous amènerons les arguments de partie contraire, lesquels nous montrerons ne pas être de mise; ainsi nous conclurons pour la créance de l’Église. Restera que le lecteur laisse à part sa propre passion, pense attentivement au mérite de nos probations, et se jette aux pieds de la Divine Bonté, criant en toute humilité avec David " da mihi intellectum et scrutabor legem tuam, et custodiam illam in toto corde meo ", et alors, je ne doute point qu’il ne revienne dans le giron de sa grande Mère, l’Église Catholique. 
  
ARTICLE III
DE QUELQUES PASSAGES DE L’ÉCRITURE DANS LESQUELS IL AIT PARLE DE PURGATION APRÈS CETTE VIE
Ce premier argument est invincible : il y a un temps et un lieu de purgation pour les âmes après cette vie mortelle; donc il y a un Purgatoire, puisque l’Enfer ne peut apporter aucune purgation, et le Paradis ne peut recevoir aucune chose qui ait besoin de purgation. Or qu’il y ait un lieu et un temps de purgation après cette vie, voici de quoi:
Au psaume 65. Ce lieu est apporté en preuve du Purgatoire par Origène, humilia 25 in numéros, et par saint Ambroise sur le psaume 36, et au sermon 3 sur le psaume 118, où il expose par l’eau, le baptême, et par le feu, le Purgatoire.
En Isaïe au chap 4 : " purgavit Dominus etc… ". cette purgation faite en esprit de jugement et de brûlement est entendue de Purgatoire par saint Augustin in " la cité de Dieu, Chap. 25 ". Et de fait, les paroles précédentes favorisent cette interprétation, dans lesquelles il ait parlé du salut des hommes, et puis à la fin du chapitre, où il est parlé du repos des heureux, dont ce qui est dit : " purgavit Dominus sordes ", se doit entendre de la purgation nécessaire pour ce salut. Et parce que cette purgation est dite se devoir faire en esprit et de brûlement, elle ne peut s’interpréter bonnement que du Purgatoire et du feu de celui-ci.
En Michee, au chap. 7 " ne laetaris, inimica mea, super me quia cecidi. Consurgam cum sedero in tenebris, etc… ". ce lieu était déjà en train de prouver l’existence du Purgatoire parmi les catholiques du temps de Saint Jérôme, ainsi que le même saint Jérôme témoigne sur le dernier chapitre d’Isaïe.
En Zacharie 9 : " tu autem in sanguine testamenti tui, eduxisti vinctos tuos de lacu in quo non est aqua ". Le lac duquel sont tirés ces prisonniers n’est que le Purgatoire, duquel Notre-Seigneur les délivre.

ARTICLE IV
D’UN AUTRE PASSAGE DU NOUVEAU TESTAMENT SUR CE SUJET
En la première des Corinthiens : " Dies Domini declarabit quia in igne revelabitur, etc… ". on a toujours tenu ce passage-ci pour l’un des plus illustres et difficiles de toute l’Ecriture. Or, en celui-ci, comme il est aisé de voir à qui regarde de près tout le chapitre, l’Apôtre use de deux similitudes : la première est d’un architecte qui fonde une maison précieuse et de matière solide sur un roc, la seconde est de celui qui sur un même fondement dresse une maison d’ais, de cannes et de chaume. Imaginons maintenant que le feu se déclare en l’une d’elles;celle qui est en matière solide sera hors de danger, mais l’autre sera réduite en cendres; que si l’architecte est dans la première, il sera sain et sauf; s’il est dans la seconde, s’il veut s’échapper, il lui faudra passer à travers le feu et la flamme, et se sauvera tellement, qu’il portera les marques d’avoir été au feu.
Le fondement en cette similitude est Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont saint Paul dit " ego plantavi ", et " ego ut sapiens architectures fundamentum posui , et puis après " fundamentum enim aliud nemo ponere etc… ". les architectes sont les docteurs et prédicateurs de l’Évangile ; comme l’on peut connaître considérant attentivement les paroles de tout ce chapitre, et comme l’interprètent saint Ambroise et Sédule sue ce lieu. Le jour du seigneur dont il est parlé s’entend comme le jour du jugement, lequel en l’Écriture Sainte a coutume d’être appelé jour du Seigneur. Car c’est à cette journée-là que se déclareront toutes les actions du Monde; enfin quand l’Apôtre dit " quia in igne revelatur ", il montre assez qu’il s’agit du jour du Jugement. Le feu par lequel l’architecte se sauve ne peut s’entendre que du feu du Purgatoire, car quand l’Apôtre dit qu’il se sauvera par le feu, et qu’il parle seulement de celui qui a édifié sur du bois, la canne, le chaume, il montre ne parler que du feu qui précèdera le jour du jugement, puisque par celui-ci, passeront non seulement ceux qui auront bâti sur des matières légères, ou encore sur de l’or, l’argent, etc… Toute cette interprétation, outre qu’elle s’apparente très bien avec le texte, est encore très authentique pour avoir été suivie par les anciens Pères, saint Cyprien, saint Jérôme ou encore saint Ambroise.
On dira qu‘en cette interprétation, il y a de l’équivoque et du malsain, en ce que le feu dont il est parlé est pris pour le feu du Purgatoire, pour celui qui précèdera le jour du Jugement. On répond que c’est une élégante façon de parler par la confrontation des deux feux, car voici le sens de la sentence : le jour du Seigneur sera éclairé par le feu qui le précèdera, et comme ce jour-là sera éclairé par le feu, ainsi ce même jour par le Jugement éclaircira le mérite et le défaut de chaque œuvre; et comme chaque œuvre sera éclaircie, ainsi les ouvriers qui auront œuvré avec imperfections seront sauvés par le feu du Purgatoire. Mais outre cela, quand nous dirons que saint Paul use diversement d’un même mot en un même passage et ce ne serait pas chose nouvelle, car il en use de pareille manière en d’autres lieux, mais qu’il en use si proprement que cela sert d’ornements à son langage, comme en l’épître 2 aux Corinthiens, là où qui ne voit que " peccatum " pour la première fois se prend à proprement parler pour l’iniquité, et la seconde fois au figuré, pour celui qui porte la peine du péché ?
On dira encore qu’il n’est pas dit qu’il sera sauvé par le feu, mais comme par le feu, et que partant, on ne peut pas conclure le feu du Purgatoire en vérité. Je réponds qu’il y a de la similitude en ce passage, car l’Apôtre veut dire que celui dont les œuvres ne sont pas du tout solides, sera sauvé comme l’architecte qui s’échappe du feu ne laissant pas pour cela de passer par le feu, mais un feu d’autre calibre que n’est le feu qui brûle en ce monde. Il suffit que de ce passage, on conclut ouvertement, que plusieurs qui prendront possession du Royaume du Paradis passeront par le feu : or, ce ne sera pas le feu d’Enfer, ni le feu qui précèdera le jugement; ce sera donc le feu du Purgatoire. Le passage est difficile et malaisé, mais bien considéré, il nous fait une conclusion manifeste pour notre prétention.
Et voilà quant aux lieux par lesquels on peut remarquer qu’après cette vie, il y a un temps et un lieu de purgation.

ARTICLE V
DE QUELQUES AUTRES LIEUX PAR LESQUELS LA PRIÈRE, L’AUMÔNE, ET LES SAINTES ACTIONS POUR LES TRÉPASSES SONT AUTORISÉES

Le 2ème argument que nous tirons de la sainte parole pour le Purgatoire est tiré du chap. 12 des Macchabées, là où la Sainte Écriture rapporte que Judas Macchabée envoya à Jérusalem 12.000 drachmes d’argent pour faire des sacrifices pour les morts et après elle ajoute " sancta ergo et salubris est cogitatio pro defunctis exorare, etc… "; car voici notre discours : c’est chose sainte et profitable de prier pour les morts afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés, donc après la mort, il y a encore un temps et un lieu pour la rémission des péchés; or, ce lieu ne peut être ni le Paradis, ni l’Enfer; donc, il s’agit bien du Purgatoire.
Cet argument est si bien fait, que pour y répondre nos adversaires nient l’autorité du Livre des Macchabées et le tiennent pour apocryphe. Mais à la vérité, ce n’est que faute d’autre réponse; car ce Livre a été tenu pour authentique et sacré par le Concile de Carthage au canon 47, et par Innocent, et par Saint Augustin, ainsi que plusieurs autres Pères. De sorte que vouloir nier l’autorité du Livre, c’est nier l’autorité de l’antiquité. On sait bien tout ce qu’on apporte pour le prétexte de cette négation, qui ne fait pour la plupart que montrer la difficulté qui réside dans les Écritures, mais non leur fausseté. Seulement, il me semble nécessaire de répondre à une ou deux objections qu’ils font.
La première, c’est qu’ils disent la prière avoir été faite pour montrer la bonne affection qu’ils avaient à l’égard des défunts, non pas qu’ils pensent que les défunts en aient besoin; ce que l’Écriture contredit par les paroles " ut a peccatis solvantur ".
Ils objectent que c’est une erreur manifeste de prier pour la résurrection des morts avant le jugement, car c’est présupposer ou que les âmes ressuscitent et par conséquent meurent, ou que les corps ne ressuscitent pas si ce n’est par l’entremise des prières et bonnes actions des vivants, qui serait contre l’article du Credo " credo resurrectionem mortuorum ". Or, que ces erreurs soient présupposées en ce lieu des Macchabées, il apparaît par ces paroles " nisi enim eos qui ceciderant resurrecturos speraret , etc… "; on répond que c’est en cet endroit qu’ils ne prient pas pour la résurrection ni de l’âme, ni du corps, mais seulement pour la délivrance des âmes ; en quoi, ils présupposent l’immortalité de l’âme, car s’ils eussent cru que l’âme fut morte avec le corps, ils n’eussent point pris de soin de leur délivrance; et parce que parmi les juifs, la croyance de l’immortalité de l’âme et de la résurrection des corps étaient tellement jointes ensembles que qui niait l’une, niait l’autre. Pour montrer que Judas Macchabée croyait en l’immortalité de l’âme, il dit qu’il croyait à la résurrection des corps : voici comment l’Apôtre prouve l’immortalité de l’âme par la résurrection des corps; il y a au chap.1 des Corinthiens " quid mihi prodest si mortui non resurgunt ? Etc… " or, il ne s’ensuivrait aucunement qu’il fallut s’abandonner ainsi, encore qu’il n’y eut point de résurrection, car l’âme qui demeurerait en cette souffrance, souffrirait la peine due aux péchés, et recevrait des vertus; saint Paul donc en cet endroit nous montre la résurrection des morts pour l’immortalité de l’âme, parce que de ce temps-là, qui croyait l’un, croyait l’autre.
Il n’y a donc point lieu de refuser le témoignage des Macchabées en preuve d’une juste croyance; que si à tout rompre, nous le voulons prendre comme témoignage d’un simple mais grave historiographe, ce qu’on ne peut nous refuser au moins faudra t-il confesser que l’ancienne synagogue croyait au Purgatoire, puisque toute cette armée-là fut si prompte à prier pour les défunts. Et à la vérité, nous avons les marques de cette dévotion en d’autres passages de l’Écriture, qui nous doit faciliter la réception de celui que nous venons d’alléguer; en Tobie au chap.4 " panem tuum et vinum tuum super sepulturam justi constitui et noli ex eo manducare et bibere cum peccatoribus "; certes ce vin et ce pain ne se mettaient pour autre sur la sépulture sinon pour les pauvres, afin que l’âme du défunt en fut aidée, comme disent communément les interprètes sur ce passage. Peut-être qu’ils diront que ce Livre est apocryphe, mais toute l’Antiquité l’a toujours tenu en crédit; et pour vrai, la coutume de mettre la viande pour les pauvres en sépultures est très ancienne, même en l’Église catholique car saint Chrysostome qui vivait il y a plus de 1.200 ans en l’homélie 32 sur le chap.9 de saint Mathieu, en parle de cette façon : " cur post mortem tuorum pauperes convocas ? Etc… " Mais que penserions-nous des jeûnes et austérités que pratiquaient les anciens après la mort de leurs amis ? Ceux de Jabes Galaad, après la mort de Saül jeûnèrent 7 jours, autant en firent David, Jonathan et ceux de sa suite. On ne pourrait penser que ce ne fut pour secourir les âmes des défunts, car à quel autre propos peut -on rapporter le jeûne de 7 jours ? Aussi David jeûna et pria pour son fils malade, lequel étant mort, parce qu’il mourrait enfant et innocent n’avait besoin d’aide, et partant il cessa de jeûner. Bède, il y a plus de 700 ans, interpréta ainsi la fin du 1er Livre des Rois. De sorte qu’en l’ancienne Église, la coutume était déjà entre les saintes personnes d’aider par les prières et saintes actions les âmes des trépassés, qui suppose clairement la foi d’un Purgatoire.
Et c’est de cette coutume que parle tout ouvertement saint Paul dans le chap.1 des Corinthiens, l’alléguant comme louable et bonne. Ce lieu montre bien entendu très clairement la coutume de la primitive Église de jeûner, prier, veiller pour les âmes des trépassés: car, premièrement, dans ces Écritures, être baptisé se prend fort souvent pour les afflictions et pénitences, comme en saint Luc au chap.12, ou Notre-Seigneur appelle baptême ses peines et afflictions. Voici donc le sens de cette écriture : si les morts ne ressuscitent point pourquoi se met-on en peine en priant et jeûnant pour les morts ? Et aussi cette sentence de saint Paul ressemble à celle des Macchabées : "superflum est et vanum orare pro mortuis , si mortui non resurgunt ". Qu’on me tourne ce texte dans tous les sens , en autant d’interprétations que l’on voudra, qu’il n’y en aura pas une qui joigne bien à la Sainte Lettre que celle-ci. Ni ne faudrait dire que le baptême dont parle saint Paul serait seulement un baptême de tristesses et de larmes, non de jeûnes prières et autres actions, car avec cette intelligence sa conclusion serait très mauvaise : il veut conclure que si les morts ne ressuscitent point, et si l’âme est mortelle, qu’en vain l’on s’afflige pour les morts; mais, je vous prie, n’aurait-on pas plus de tristesse pour la mort des amis s’ils ne ressuscitent point, perdant toute espérance de jamais les revoir, que s’ils ressuscitent ? Il entend donc des afflictions volontaires que l’on faisait pour impétrer le repos des morts, lesquels on pratiquerait sans doute en vain si les âmes étaient mortelles, ou que les morts ne ressuscitaient pas; en quoi, il faut se souvenir de ce qui a été dit plus haut, que l’article de la résurrection des morts et celui de l’immortalité de l’âme étaient connexes, que celui qui confessait l’un, confessait l’autre. Il apparaît donc par ces paroles de saint Paul que la prière, jeûne et autres saintes afflictions, se faisaient louablement pour les défunts; or, ce n’étaient pas pour ceux du Paradis qui n’en avaient besoin, ni pour ceux de l’Enfer qui n’en pouvaient recevoir le fruit; c’était donc pour ceux du Purgatoire; ainsi l’a exposé saint Ephrem et les Pères qui ont débattu avec les Pétrobusiens.
Autant on peut en déduire de ce que disait le bon Larron à Notre-Seigneur " mémento mei dum veneris in regnum tu "; car pourquoi se serait-il recommandé, lui qui allait mourir, s’il n’avait cru que les âmes après la mort pouvaient être secourues et aidées ? Saint Augustin tire de ce passage que quelques péchés sont pardonnés en l’autre monde. 
  
ARTICLE VI
DE QUELQUES LIEUX DE L’ÉCRITURE PAR LESQUELS IL EST PROUVE QUE QUELQUES PÉCHÉS PEUVENT ÊTRE PARDONNES EN L’AUTRE MONDE 
  
Il y a quelques péchés qui peuvent être pardonnés en l’autre monde; ce n’est ni en Enfer, ni au Ciel, c’est donc au Purgatoire. Or, qu’il y ait des péchés qui se pardonnent en l’autre monde, nous le prouvons premièrement, par le passage de saint Matthieu au chap.12, ou Notre-Seigneur dit qu’il y a un péché qui ne peut être pardonné ni en ce siècle ni en l’autre; donc, il y a des péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, car s’il n’y avait point de péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, il n’était pas nécessaire d’attribuer cette propriété à une sorte de péché de ne pouvoir être remis en l’autre siècle, ainsi suffisait-il de dire qu’il ne pouvait être remis en ce monde. Certes, quand Notre-Seigneur eut dit à Pilate, " regnum meum non est de hoc mundo ", Pilate fit cette conclusion " es-tu Roi ? " , laquelle fut trouvée bonne par Notre-Seigneur qui y consentit; ainsi quand il dit qu’il y a un péché qui ne peut être pardonné en l’autre siècle, il s’ensuit très bien donc qu’il y en a d’autres qui peuvent être pardonnés. Ils voudront dire que ces paroles ne veulent dire autre chose, sinon in aeternam, ou nunquam. Cela va bien mais notre raison ne perd rien de sa fermeté pour cela: car ou saint Mathieu a bien exprimé l’intention de Notre-Seigneur, ou non. On n’oserait dire que non, et s’il l’a bien exprimée, il s’ensuit toujours qu’il y a des péchés qui peuvent être remis en l’autre siècle, puisque Notre-Seigneur a dit qu’il y en a un qui ne pouvait l’être. Mais de grâce si saint Pierre avait dit " non lavabis mihi pedes in hoc saeculo ne que in alio ", n’aurait-il pas parlé faussement, puisqu’en l’autre monde, ils ne peuvent être lavés ? Aussi, dit-il in aeternam. Il ne faut donc pas croire que saint Mathieu eut exprimé l’intention de Notre-Seigneur par les paroles précitées, si en l’autre monde, il ne peut y avoir de rémission. On se moquerait de celui qui dirait, je ne me marierai ni en ce monde, ni en l’autre, comme s’il entendait qu’en l’autre monde l’on peut se marier. Qui dit donc d’un péché ne peut se remettre ni en ce siècle, ni en l’autre, présuppose qu’on puisse avoir rémission de quelques péchés en ce monde, et en l’autre également. Je sais bien que nos adversaires essaient par diverses interprétations de parer à ce coup-là, mais il est si bien porté qu’ils ne peuvent s’échapper. Et de vrai, il vaut bien mieux avec les Pères entendre correctement, et avec toute la révérence que l’on peut, les paroles de Notre-Seigneur Jésus Christ, que pour fonder une nouvelle doctrine les rendre grossières et mal agencées. Tous les saints qui ont écrit contre les Pétrobusiens, se sont servis de ce passage avec notre intention, avec tant d’assurance que saint Bernard pour déclarer cette vérité n’en apporte point d’autre, tant il fait état de celui-ci.
En saint Mathieu et en saint Luc, " esto consentiens adversario tuo cito, dum es eum eo in via, etc… ". Origène, saint Cyprien, saint Ambroise, saint Jérôme disent que le chemin dont il est parlé, n’est autre que le passage de cette vie. L’adversaire sera notre propre conscience, qui combat toujours contre nous et pour nous, c’est à dire qu’il résiste toujours à nos mauvaises inclinations et à notre vieil Adam pour notre Salut comme l’exposent les saints que j’ai évoqués. Le juge est sans doute Notre-Seigneur. La prison pareillement, l’Enfer ou le lieu des peines de l’autre monde auquel comme en une grande geôle, il y a plusieurs demeures, l’une pour ceux qui sont damnés, qui est comme pour les criminels, l’autre qui est pour ceux qui sont en Purgatoire. Le quatrain dont il est dit " non exies inde donec reddas novissimum quadrantem, sont les petits péchés et d’infirmité, comme le quatrain est la moindre monnaie que l’on peut devoir. Maintenant, considérons un peu où se doit faire cette reddition dont parle Notre-Seigneur. Et 1èrement, nous trouvons des très anciens Pères qui ont dit que c’était en Purgatoire. Quand il est dit " donec solvas ultimum quadrantem ", n’est-il pas présupposé que l’on puisse payer, et qu’on puisse tellement diminuer la dette qu’il n’en reste plus que le dernier liard ? Que si, comme il est dit au psaume " sede a dextris meis donec ponam inimicos tuos, etc… ", il s’ensuit très bien " ergo aliquante ponet inimicos scabellum pedum ", ainsi disant " non exies inde donec radas ", il montre que " aliquando reddet vel reddere potest "; qui ne voit qu’en saint Luc, la comparaison est tirée non d’un homicide, ou de quelque criminel qui ne peut avoir espérance de son salut, mais d’un débiteur qui est mis en prison jusqu‘au paiement, lequel étant fait, incontinent, il est mis dehors ? Voici donc l’intention de Notre-Seigneur : que pendant que nous sommes en ce monde, nous tâchions par la pénitence et ses fruits de payer selon la puissance que nous en avons par le Sang du Rédempteur, la peine à laquelle nos péchés nous ont obligés; puisque si nous attendons la mort, nous n’en aurons pas si bon compte au Purgatoire, où nous serons traité à la rigueur;
Tout ceci semble avoir été dit par Notre-Seigneur, même en saint Mathieu au chap.5. Dans celui-ci, il s’agit de la peine que l’on doit recevoir par le jugement de Dieu, comme il apparaît dans ces paroles " reus erit gehennae ignis "; et néanmoins, il n’y a que la troisième sorte d’offense qui soit punie par l’Enfer; donc au jugement de Dieu, après cette vie, il y a des autres peines qui ne sont pas éternelles, ni infernales; ce sont les peines du Purgatoire. On peut dire que ces peines se souffriront en ce monde, mais saint Augustin et les autres Pères l’entendent pour l’autre monde. Et puis ne peut-il pas se faire qu’un homme meurt sur la première ou seconde offense de laquelle, il est parlé ici et là, ou paiera-t-il les peines dues à son offense ? Ou si vous voulez qu’il ne les paie point, quel lieu lui donnerez-vous pour sa retraite après ce monde ? Vous ne lui donnerez pas l’Enfer, à moins de vouloir ajouter à la sentence de Notre-Seigneur, qui ne donnent l’Enfer qu’à ceux qui auront commis la troisième offense ; le loger en Paradis, vous ne le devez faire, parce que la nature de ce lieu céleste rejette toute sorte d’imperfection; n’alléguez pas ici la miséricorde du juge car il déclare en cet endroit vouloir user encore de justice : faites donc comme les anciens Pères, et dites qu’il y a un lieu où elles seront purgées , puis s’en iront en Paradis.
En saint Luc au chap.16, il est écrit " facite vobis amicos de mammona iniquitatis, ut cum defeceritis recipiant vos in aeternam tabernacula defaillir ", qu’est-ce autre que mourir ? Et les amis, que sont-ils d’autre que les saints ? Les exégètes l’entendent tous ainsi. Il s’ensuit deux choses : que les saints peuvent aider les trépassés et que les trépassés peuvent être aidés des saints; car à quel autre propos, peut-on entendre ces paroles " facite amis qui recipiant ? "; il ne peut s’entendre de l’aumône, car souvent l’aumône est bonne et sainte, et toutefois ne nous acquiert pas des amis qui puissent nous recevoir en " d’éternels tabernacles ", comme quand elle est faite à des personnes mauvaises avec droite et sainte intention. Ainsi, est exposé ce passage par saint Ambroise, et par saint Augustin, au chap.27 de la Cité de Dieu, mais la parabole dont use Notre-Seigneur est trop claire pour nous laisser douter de cette interprétation, car la similitude est prise d’un économe, qui étant démis de ses fonctions et demandant secours à ses amis, Notre-Seigneur le compare à la mort, et le secours demandé aux amis, à l’aide que l’on reçoit après la mort, de ceux auxquels on a fait l’aumône; cette aide ne se peut recevoir en Paradis ou en Enfer; c’est donc par ceux qui sont en Purgatoire.

ARTICLE VII
DE QUELQUES AUTRES LIEUX DESQUELS PAR DIVERSITÉ DE
CONSÉQUENCES, ON CONCLUT LA VÉRITÉ DU PURGATOIRE

Saint Paul aux philippiens dit de telles paroles " ut in nomine Jesu omne genu flegmatique, coelestium, terrestrium et infernorum ". Aux cieux, on trouve assez de genoux qui fléchissent au nom du Rédempteur, sut terre, l’on en trouve beaucoup dans l’Eglise militante; mais en Enfer, où en trouvera-t-on ? David se défie d’y en trouver aucun quand il dit " in inferno autem quis confitebitur tibi ? " et encore ce que chante David ailleurs " peccatori autem dixit Deus etc… ", car si Dieu ne veut recevoir de louanges du pécheur obstiné, comment permettrait-il à ces misérables damnés d’entreprendre ce saint office ? Saint Augustin fait grand cas de ce lieu par ce propos rapporté au chap.33 de la Genèse. Il y a un semblable passage en l’Apocalypse " quis dignus apperire liberum et solvere septem signacula ejus ? Et nemo inventus est , neque in cœlo, neque in terrae, neque subtus terram ". Ne constitue-t-il pas ici une Église en laquelle Dieu soit loué sous terre ? Et que peut-elle être sinon le Purgatoire ? 
  
ARTICLE VIII
DES CONCILES QUI ONT REÇU LE PURGATOIRE COMME ARTICLE DE FOI
Arius comme je l’ai dit auparavant commença à prêcher contre les catholiques, disant les prières qu’ils faisaient pour les morts être superstitieuses; il y a encore des sectaires à notre époque sur ce point. Notre-Seigneur nous donne la règle en son évangile comme l’on doit se comporter en pareilles occasions. " si peccaverit in te frater tuus, etc… ". Ecoutons donc ce que l’Église nous enseigne à cet endroit : en Afrique, au concile de Carthage, en Espagne au concile Bracarense, en France au concile de Chalon, etc…, et en tous ces conciles, vous verrez que l’Église tient pour authentique la prière pour les trépassés, et par conséquent le Purgatoire. Et après, ce qu’elle avait défini par parties, elle l’a défini en son corps général au concile de Latran sous Innocent III, au concile de Florence, et finalement au concile de Trente.
Mais quelle plus sainte résolution de l’Église voudrait-on avoir que celle qui est couchée en toutes ses messes ? Regardez les liturgies de Saint Jacques, Saint Basile, Saint Chrysostome, de Saint Ambroise, desquelles se servent encore tous les chrétiens orientaux, vous y verrez la commémoration pour les morts comme elle se voit, à peu de choses près, en la nôtre. Quoi ? Si Pierre Martyr, l’un des habiles qui a suivi le parti adverse, sur le chap. 3 de la 1ère lettre aux Corinthiens, confesse que toute l’Église a suivi cette opinion, je n’ai plus à faire de m’amuser sur cette preuve. Il dit qu’elle a erré et faillit; ah, qui croirait cela ? " quis es tu qui judicas Ecclesiam Dei ? etc… ". et si l’Église peut errer, et vous , Pierre Martyr, pourriez-vous ne pas errer ? Sans doute, et c’est pourquoi je croirai que vous avez erré et non l’Église. 
  
ARTICLE IX
DES PÈRES ANCIENS
C’est une belle chose et pleine de consolation, de voir le beau rapport que l’Église présente a avec l’ancienne, particulièrement en la croyance : disons ce qui fait notre propos sur le Purgatoire. Tous les anciens Pères l’ont cru et attesté que c’était la foi apostolique. Voici les auteurs que nous en avons: entre les disciples des Apôtres, saint Clément et saint Denis, après saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire Nyssene, Tertullien, Cyprien, Jérôme, Augustin etc…c’est à dire toute l’antiquité, même devant 1200 ans que tous ces Pères ont vécu; desquels, il m’eût été très aisé d’apporter quelques témoignages qui sont recueillis dans les livres de nos catholiques, comme dans le Catéchisme de Canisius. Mais sur tous qui voudra voir au long et fidèlement cités le passages des Pères anciens, qu’il prenne en main l’œuvre de Canisius. Mais certes, Calvin nous délivre de cette peine, car il écrit " ante 1300 annos usu receptum fuit ut precationes fierent pro defunctis " , et ajoute ensuite " se omnes, fateor, in errorem abrepti fuerunt ". Nous n’avons donc que faire de chercher le nom et le lieu des anciens Pères pour prouver le Purgatoire, puisque pour se mettre en compte, Calvin les tient pour zéro. Quelle apparence y-a-t-il qu’un seul Calvin soit infaillible et que l’Antiquité tout entière ait failli ? On dit que les anciens Pères ont cru au Purgatoire pour s’accommoder au vulgaire : belle excuse; n’était-ce pas aux Pères d’ôter toute erreur du Peuple, s’ils l’y voyaient adhérer, et non l’y entretenir et y condescendre ? Cette excuse ne fait donc qu’accuser les anciens. Mais comment est-ce que les Pères n’ont pas cru à bon escient le Purgatoire, puisque Arius, comme je l’ai dit auparavant, a été tenu pour hérétique parce qu’il le niait ? C’est pitié de voir l’audace avec laquelle Calvin traite saint Augustin parce qu’il fit prier et pria pour sa mère sainte Monique, et pour tout prétexte, apporte que saint Augustin semble douter du feu du Purgatoire. Mais ceci ne change rien à notre propos, car il est vrai que saint Augustin dit qu’on peut douter du feu et de la qualité de celui-ci, mais non du Purgatoire : or, soit que la purgation se fasse par le feu ou autrement, soit que le feu ait même qualité que celui de l’Enfer ou non, il est avéré qu’il y a un Purgatoire et une purgation. Il ne met donc pas en doute le Purgatoire, mais la qualité de celui-ci. Ce que ne nieront jamais ceux qui ont lu le Livre de la Cité et celui " de cura pro mortuis agenda ", et en mille autres lieux. Voilà donc comme nous sommes au chemin des saints et des anciens Pères quand à cet article du Purgatoire. 
  
ARTICLE X
DE DEUX RAISONS PRINCIPALES ET DU TEMOIGNAGE DES ETRANGERS POUR LE PURGATOIRE
Voici deux invincibles raisons du Purgatoire : d’abord, il y a des péchés légers et qui ne rendent pas l’homme coupable de l’Enfer; si donc l’homme meurt en cet état, que deviendra-t-il ? Le Paradis ne reçoit rien de souillé, l’Enfer est une peine trop criminelle, il n’est pas dû à raison de son péché; il faut donc avouer qu’il restera en un Purgatoire, ou étant bien purifié, il ira par la suite au Ciel. Or qu’il y ait des péchés qui ne rendent pas l’homme coupable de l’Enfer, Notre-Seigneur le dit en saint Mathieu : " qui irascitur fratri suo, reus erit judicieux ; qui dixerit fratri suo racha, reus erit consilio; qui dixerit fatue, reus irit gehennae ignis. ". Qu’est-ce je vous prie, d’être coupable de la géhenne du feu, sinon être coupable de l’Enfer ? Or, cette peine n’est due qu’à ceux qui appellent " fatue " : ceux qui montent en colère, ceux qui expriment leur colère par parole non injurieuse et diffamatoire, ne sont pas au même rang. Ainsi, l’un mérite le jugement, c’est à dire que sa colère soit mise en jugement, comme la parole oiseuse, de laquelle Notre-Seigneur dit qu’il faut rendre compte; l’autre mérite le Conseil, à savoir qu’on délibère s’il sera condamné ou non. Le 3ème seul est celui-là qui sans doute infailliblement sera damné : donc, le 1eret le 2ème sont péchés qui ne rendent pas l’homme coupable de la mort éternelle, mais d’une correction temporelle; et partant, si l’homme meurt avec ces péchés, par accident ou autrement, il faut qu’il subisse le jugement d’une peine temporelle, moyennant laquelle son âme étant purgée il ira au Ciel avec les Bienheureux. De ces péchés parle le sage : car, le juste ne peut pécher, tant qu’il est juste, de péchés qui méritent la damnation. Il s’entend donc qu’il commet des péchés pour lesquels la damnation n’est pas due, que les catholiques appellent véniels, lesquels peuvent se purger en l’autre monde, au Purgatoire.
Ensuite, la raison est qu’après le pardon, demeure en partie, la peine due à celui-ci, comme par exemple, le péché est pardonné au roi David, le Prophète lui disant "Deus quoque transtulit peccatum tuum, sed quia blasphemare fecisti inimicos nomen Domini"

François de Sales
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